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Rap & Ragga à Zébuland

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MADAGASCAR – Rap & Ragga à Zébuland.

Motherfuck ou pas motherfuck?” Pour les humoristes chargés de l’animation du festival, la question adressée aux 6000 spectateurs suffit à présenter le groupe qui va entrer en scène. Même si elle n’a aucun sens. Et elle en dit déjà long sur l’image du rap à Madagascar. Pourtant, lorsque les membres de Da Hopp démarrent leur show, cela n’a rien d’une parodie. Leur prestation donne tout de suite la sensation qu’ils sont bien rôdés, loin du côté brouillon que peuvent voir les groupes débutants. Chacun tient son rôle, y compris les deux musiciens traditionnels qui savent trouver leur place sur les instrus. Tout semble contrôlé, travaillé, jusqu’à l’aspect visuel avec des costumes qui contribuent à leur donner une identité. En live, ce genre d’efforts s’avère payant : Chanson après chanson, Da Hopp séduit un peu plus le public Donia qui le connaissait mal. Car Nosy Be, la petite île au Nord Ouest de Madagascar qui accueille le festival, vibre presque exclusivement au rythme du salegy, cet afro-beat malgache qui se danse avec des mouvements ultrasuggestifs. C’est la première fois que Donia, pour sa dixième édition, ouvre largement ses portes à des tendances nouvelles que sont le rap ou le ragga, en plein développement à Madagascar. Parler de “musique urbaine” peut faire sourire sur la grande île de l’océan indien, encore très rurale. Sur ce territoire grand comme la France et le Benelux réunis où les routes nationales sont les seuls axes bitumés, deux mondes coexistent : celui des téléphones portables et celui des charrettes et zébus.

INSPIRATION WEST COAST

Pionnier du mouvement Hip Hop Malgache, Da Hopp s’est formé il y a dix ans à Antananarivo, la capitale de plus d’un million d’habitants. Branchés par le son West Coast, X-tah, Jento, Blaz et Dadilah BenJ réalisent qu’il faut, dans un premier temps, revoir leurs ambitions à la baisse : Ils n’ont aucune expérience, aucune machine pour fabriquer des sons et personne n’est prêt à parier sur les chances du rap malgache. Un autre obstacle, d’ordre culturel, se dresse aussi devant eux : comment conserver la force de frappe du rap, sa liberté totale d’expression et son langage sans retenue, dans une société ou l’on ne dit pas les choses directement, crûment, où le summum de la provocation est atteint des qu’on emploie les mots « fais chier » ? « j’aime réclamer la vérité. Pas vraiment en face, parce que je sui malgache, mais je le dix quand même …» reconnaît X-tah en souriant. Pour percer davantage, le groupe comprend qu’il doit avoir son originalité. La solution leur apparaît en 1999, au prix d’un changement de style. «  On sets dans l’océan indien, en Afrique. On a tout ce qu’on veut juste à côté. Donc on a puisé dans la culture du sud malgache, dans la culture Bara », expliquent-ils avant de préciser que « ce n’est pas de la fusion, mais juste du hip hop avec des sonorités malgaches. » La débrouille reste à l’ordre du jour : pour sampler, X-tah se ser de sa playstation, puis redonne le tout au technicien qui les aide. Avec des moyens rudimentaires, ils ont réussi à faire quelques morceaux destinés uniquement aux radios avant de pouvoir sortir en 2003 leur premier album « Fanantenana », Espoir en français. Cette « valeur morale » est pour eux essentielle. « C’est grâce à ca qu’on a tenu debout jusqu’à maintenant. Et c’est ce qu’on veut partager avec ceux qui nous écoutent. » Mais qui les écoute ? Là encore, Da Hopp assume sans détour le caractère singulier du rap malgache : « les gens du ghetto ne kiffent pas le rap. C’est plutôt le salegy qu’ils aiment. Notre public, ce sont les jeunes qui ont un certain niveau intellectuel, qui viennent de certaines classes sociales. »

Au sein de cette scène malgache embryonnaire principalement concentrée à Antananarivo, les rivalités sont déjà bien affirmées. A l’occasion du Donia, elles se sont déplacées à Nosy Be. Shao Boana et son clan ont eux aussi été invités par les organisateurs. Quelques heurs avant de monter sur scène devant 10000personnes, l’ambiance est plutôt détendue à l’hôtel où loge tout le petit groupe : on écoute les derniers morceaux enretgistrés par Nico « Rootikal », en fumant le rongony local. De la terrasse, la vue sur la baie est imprenable. Le décor est paradisiaque, mais dix mètres en contrebas reste le souvenir de l’horreur : c’est à cet endroit qu’euraient été executés plusieurs habitant l’an dernier (2002) lors de la crise politique qui a coupé Madagascar en deux pendant six mois. De quoi donner des frissons à ceux qui croient aux fantômes…

OUVRIR LA VOIE

Revenant sur les motivations qui l’ont amené à la musique, Shao, 24 ans, n’a pas peur d’avouer qu’il est « un peu prétentieux » lorsqu’il raconte que son nom signifie Négus « je ne serai pas la super star de Madagascar, mais au moins je serai celui qui a ouvert la voie à d’autres petits gars, ceux qui deviendront les Sizzla, les Anthonny B de Madagascar » dit-il avec aplomb en espérant voir naître sur son île « une génération consciente ». Nourri par les 33 tours reggae rapportés de l’étranger par son père, un militaire en qui il voit « un guerrier qui a choisi le mauvais coté du combat », il s’est d’abord orienté vers le rap il y a dix ans. « Il y a un combat pour le message et un combat pour la musique, analyse-t-il, pour l’instant, C’est le message qui doit passer parce qu’il y a tellement de choses à dire à Madagascar, tellement de faux problèmes, tellement de points à mettre sur les i. » Dans les faits, cela se traduit par une première mixtape, Lejoma, enregistrée par Rootikal, un Français installé depuis deux ans à Madagascar. Avec DJ Momo, qui a fait ses classes aux platines dans les boites de nuit de la capitale, le rapper réunionnais MC Crotal et I-Thai, un chanteur montpelliérain arrivé l’an dernier, Shao s’est entouré d’un crew qui l’aide depuis peu à évoluer vers les dancehall. « On essaye de mettre en valeur tout ce qui nous différencie dans la vibe vert-jaune-rouge :le rap, le ragga, le reggae… », résume-t-il. L’apparition de King’s Tany (la terre des rois), le premier sound system malgache initié par I-thaï, quelques mois après que celui-ci a retrouvé par hasard Rootikal avec lequel il faisait équipe en France, ne peut qu’accélérer le phénomène. Pour Shao Boana ou Da Hopp, la dynamite est lancée. Et les premiers signes se font déjà sentir : il y a quelques mois, tous deux étaient programmés en première partie de Positive Balck Soul lors de la tournée des rappers sénégalais à Madagascar.

 

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